La Franche-Montagne et la réforme

lundi 30 janvier 2006
par  JML

LA FRANCHE MONTAGNE ET LA REFORME

 [1]


La Franche-Montagne des Bois et plus généralement l’Évêché de Bâle vécurent au gré des confrontations nées de l ‘adoption de la réforme dans une partie de la Suisse et de l’Allemagne actuelles. C’est pour cette raison qu’il était intéressant d’y consacrer un chapitre.


Bienne avait imposé la réforme à l’Erguel [2], Berne, à son tour, voulut l’introduire dans la Prévôté de Moutier et faire prêcher les doctrines bernoises par le curé de ce lieu. C’est alors que Farel [3]
vint à Tavannes, puis à Court, à Moutier, à Grandvalet à Sornetan. Il était accompagné de quatre prédicants, Antoine Boive, Antoine Froment, Claude de Glantinis et Thomas. A Bévilard et à Grandval, Farel fut mal reçu, on refusa de l’entendre, tandis que dans les autres paroisses, il trouva un assez grand nombre de partisans surtout à Court et à Sornetan où les églises furent dévastées.

Le 9 mai, l’évêque de Bâle protesta à Berne contre les agissements de Farel. Ce fanatique n’en continua pas moins son œuvre revint une troisième fois dans la Prévôté et à Moutier il proféra d’abominables insultes contre l’évêque de Bâle, souverain de ce pays. Malheureusement l’évêque Philippe de Gundelsheim manquait d’énergie. Au lieu de faire arrêter l’insulteur, il se contenta de se plaindre de lui à Berne, par une lettre, du 20 juillet. Berne pour calmer l’évêque fit des remontrances à Farel qui n’en tint aucun compte. Chassé de Bâle et de Neuchâtel, Farel prit alors le nom d’Ursin et se donnait pour maître d’école. Il reprit son métier de prédicant et revint à Tavannes d’où il essaya de gagner à sa réforme les populations des Franches-Montagnes. Suivant la tradition, il vint de Tavannes à Bellelay et prêcha par une fenêtre de l’auberge au moment où le peuple sortait de l’église abbatiale, niais il fut honteusement congédié, par le peuple indigné de son audace et de ses blasphèmes.
Partout il engageait le peuple à dévaster les églises, à brûler les images et les objets consacrés au culte catholique et à s’affranchir du joug des hommes pour jouir de la liberté chrétienne.

C’était bien, en effet l’amour de la liberté, mais d’une liberté, très absolue, qui avait jeté les habitants de la Prévôté de Moutier dans la réforme. La licence alla si loin que Berne, le 18 juillet 1580, se vit obligé de rappeler à ses combourgeois « que l’Évangile ne donne pas la liberté charnelle, mais une liberté spirituelle ».
Farel se rendit aux Genevez, accompagné de quelques réformés fanatiques de Tramelan. Le bruit de son arrivée fut vite répandu. Les femmes se réunirent pour congédier les prédicants. La rencontre eût lieu près d’un gros hêtre. « Il y eut là une fière bataille dans laquelle les Genevesates eurent le dessus, et les ennemis furent rudement paumés ». Le lieu où Farel fut battu par les femmes des Genevez reçut le nom d’arbre des fous plumés qu’il porte encore aujourd’hui.
Farel n’avait pas de chance avec les femmes, ce sont les femmes qui le plument aux Genevez, au Landeron. à Valengin, comme se sont les femmes de Grandfontaine, de Damvant et de ....

Farel ayant échoué dans ses projets de réforme à Bellelay et aux Genevez, ne perdit pas courage. Il résolut de gagner les Franches-Montagnes à sa nouvelle doctrine.
Toutefois avant de paraître aux Franches-Montagnes, il essaya ses forces à Porrentruy où il fit une première apparition en 1551. Mais, le lendemain de son arrivée dans cette ville il dut prendre la fuite. Aussitôt qu’il apprit la mort de l’évêque Philippe de Gundelsheim, il entreprit une nouvelle campagne à Porrentruy. Il se fit accompagner de Blaurer, prédicant de Bienne et de Beytion, prédicant de Serrières. Il eut quelques partisans, mais, après quelques prêches, il dut quitter cette ville le 18 mars 1554. Blaurer, prédicant de Bienne écrivit à Farel, le 6 avril 1554 pour lui marquer l’état des esprits de Porrentruy. Outre les émotions populaires que le changement de religion y causait, il lui marquait que « le pur Evangile n’avait pas encore le dessus, que les Bourgeois auraient désiré que la ville de Bienne leur eût envoyé des députés pour apaiser les factieux et rétablir la paix ». Il lui dit en outre que ceux qui avaient porté la parole de Dieu dans cette ville. en étaient partis, mais qu’ils y devaient retourner.

La classe des prédicants délégua de nouveau, à Porrentruy, Farel et le prédicant de Serrières. Ils s’y firent un parti et nombre de Bourgeois avaient adhéré aux nouvelles doctrines. Cependant l’énergique résistance des catholiques, appuyés par les missionnaires Dominicains qu’avait envoyés à Porrentruy l’archevêque de Besançon, déjoua toutes les intrigues de Farel et de ses suppôts. Les réformés durent abandonner la ville.
C’est alors que la Classe des prédicants à Neuchâtel envoya. au Sénat de Berne une protestation contre les entraves apportées aux prédications intempestives de Farel et du prédicant de Serrières. La Classe implora le Conseil et l’assistance de Leurs Excellences de Berne « afin, disaient-ils, que ce qui était en bons termes ne fût pas totalement ruiné, attendu que ceux de Delémont et des Franches-Montagnes des Bois déclaraient qu’ils embrasseraient la réforme dès que Porrentruy l’aurait reçue.

Dans l’intervalle, d’énergiques protestations arrivèrent au Sénat de Berne du gouvernement de Bourgogne et du parlement de Dôle.
Farel se défendit. Il se dit inspiré du St-Esprit et ne veut que l’abolition des superstitions. Dans une lettre célèbre il dit qu’il logea, à Porrentruy, pendant le carême à la maison d’école qu’il mangea, ce temps, de la viande, des oeufs, des poules et se plaignit à Berne, amèrement du curé de Porrentruy et des Dominicains qui prêchaient à St-Pierre. Berne craignant des difficultés avec ses puissants voisins de la Franche-Comté, refusa de s’occuper du prédicant Farel, qui commençait à lui donner trop de tablature. Comme la Classe de Neuchâtel persistait à dire que les Franches-Montagnes désiraient la réformation, Farel résolut d’y porter « son pur Évangile ».

Le 10 décembre 1556. il arriva donc à Saignelégier, avec le prédicant de Saint-Imier, Jean Dupasquier et commença ses prédications dans une auberge. A la nouvelle de l’arrivée des réformateurs, les Maîtres Bourgeois de la Franche-Montagne se présentèrent au logis des deux prédicants et leur demandèrent au nom de qui et de quelle autorité ils sont venus dans leur paroisse. « Nous ne sommes envoyés. répondent les novateurs, que du Haut-Prince et Souverain Seigneur de Dieu le créateur ». A cette réponse les maîtres-bourgeois répliquent que puisqu’ils étaient venus au nom de Dieu, que au nom de Dieu ils eussent à déguerpir et que d’eux ni de leurs doctrines métier ne nous faisait, vu que nous avons des pasteurs qui nous annoncent la parole de Dieu comme eux ». Le peuple se joignit à ses magistrats et les deux prédicants durent quitter cette terre si catholique où la réforme fit encore inutilement quelques tentatives infructueuses.

Le Conseil de la Montagne prévint immédiatement le prince-évêque de Bâle, des agissements des prédicants et lui envoyèrent cette lettre qu’on retrouve dans les archives de l’Évêché. [4]

« A très haulx, Révérend redoublez Seigncur et Prince, Monseigneur Melchior par la grâce de Dieu, evesque de Baille, notre naturel Prince et Seigneur.

Très haulx Redoubtez Seigneur et Prince,
Toutes obéissances promises selon qu’ils l’appartient à vous paulvres soubjetz. Cette seara pour advertir votre bonne grâce que a ce jourd’hui, date de cestes au lieu de Saignelégiez sont comparuz personnellernent ung nomez Farelle, prédicant de Neffchastel et Jehan du paicquie, prédicant de Saint-Ymier (ne sçavons par quelle hortation cella pouer estre advenuz, de ce avertyr nous nous sumes transportez par devers eux en leurs logis et avons voulsu scavoir sus quel intenduz et à quel propoz il estoient venu au dit lien et de quelle autorités fust de bonne grâce ou daultre. Nous croignants qu’ils ne nous voullesirent semer de leurs semences aultres que du passez. Lesquelx nous ont dit et responduz qu’ils n’estaient de nul ci envoyez que de haulx prince et souverain Seigneur de Dieu le Créateur. Sur laquelle choses leurs avons donné de responce, puisqu’ils estaient venuz au nom de Dieu, que au nom de Dieu se eussent à retirer et que de eulx ny de leurs doctrines mestier ne nous faissoit vehu que nous avons pasteurs que nous annoncent la parolle de Dieu comme eulx. Et à cette fin que, plus grande faulcherye ne viegne, prions votre bonne grâce pour l’amour de Dieu et la manutencion de notre mère sainte église, incontinent avoir le conseil et lavis en quelle sorte sest que nous nous deibvons contenir avec eux ou d’autre que nous vouldrient fere tuelle fâcherie. Car de notre part ne les voulons soubstetnir en manière quelconque et en telles n’y en autres choses ne voulons faire que par votre bénigne grâce selon que notre serement de fidélité contient, priant Dieu le vray créateur. que seara pour fin de ceste, pour lestat de votre grâce à préserver heureusement. De Saignelégier, ce dixième jour du moy de décembre lan nostre Seigneur courant 1556.
Vous poures humbles obéissants soubjets. Nous maistre bourgeois, Conseilz de votre Franche-Montagne-des Boys »
Toutes les tentatives de réforme, aux Franches Montagnes échouèrent devant l’énergique et constante résistance de ce bon peuple qui depuis demeura profondément catholique jusqu’à nos jours
.

L’histoire racontée dans la famille de Louis Delavelle disait que c’était Jehan de la Velle qui avait chassé Farel de la Franche Montagne aidé en cela des autres Bourgeois de la Franche-Montagne. Rien ne permet de vérifier ce que disait la tradition.


[1Source : notices historiques sur les villes et villages catholiques du Jura, Louis Vautrey, édition Slatkine - Genève - Réimpression de l’édition de Porrentruy-Delémont de 1863-1868

[2L’Erguel est la région de Saint-Imier au sud des Franches-Montagnes

[3Guillaume Farel avait été chassé du royaume de France par François 1er

[4Jehan de la Velle participa sans doute à la préparation de cette lettre car il était à cette époque bourgeois de la Franche-Montagne.


Sites favoris


55 sites référencés dans ce secteur

Brèves

1er février 2008 - de mars à août 2008-Exposition Blarer de Wartensee à Porrentruy

L’Hôtel-Dieu de Porrentruy consacre une grande exposition au prince-évêque décédé il y a 400 ans Le (...)

31 mai 2007 - Calendrier des manifestations à Saignelégier (JU) en 2008

A noter en particulier le Marché-concours national de chevaux des 8-9-10 août 2008 à (...)

31 mai 2007 - Le marché concours du cheval "Franche-Montagne" aura lieu les 7-8-9 août 2009

Thurgovie hôte d’honneur de l’édition 2009 Le Canton de Thurgovie sera l’hôte d’honneur de (...)

31 mai 2007 - Saint-Ursanne la Fantastique -se veut également artistique

Extrait du Quotidien Jurassien
Saint-Ursanne la Fantastique -se veut également artistique A un (...)