L’origine des patronymes de la Velle et Richard-Guenin

lundi 16 janvier 2006
par  JML

Il n’était pas rare au 15e ou 16e siècle de voir les personnes porter plusieurs prénoms comme Richard et Guénin puis de transformer ces prénoms en patronymes pour adopter le nom de famille Richard-Guénin. [1]
Il en était de même avec la transmission des patronymes.
En effet un époux ou un enfant pouvaient porter le nom de l’épouse ou de la mère lorsque, par celle-ci, se transmettait une part importante de l’héritage familial. Enfin, porter le nom du lieu de sa résidence était une situation courante.

On trouve l’ensemble de ces trois situations dans l’adoption du nom « de la Velle » par Jehan fils d’Etienne Girardin et de la fille de Richard Huguenin dit Guenin. D’ailleurs, on ne connaît pas le prénom de cette épouse, situation assez courante en cette fin de moyen-âge.
Richard Huguenin est devenu Richard-Guenin. Etienne Girardin a adopté le nom de son épouse, sans le transmettre formellement (ou peut être au moins dans les premières années) à son fils Jehan de la Velle (dit cependant Richard-Guenin dans plusieurs actes qui suivront).

Il est probable que les deux cousins Jehan Richard-Guenin ("de la Velle " et "Billeboz") ont eu à se partager le fief du Bois Derrier et qu’ils adoptèrent pour l’un « Billeboz » et pour l’autre « de la Velle », noms de leur lieu de résidence pour se différencier dans l’acte. En effet ces lieux-dits existaient au Bois Derrier et ils pouvaient porter, comme on le voit par la suite, le même nom : Jehan Richard-Guenin.

Résoudre une énigme : Louis Delavelle et Roger Châtelain de Tramelan ont échangé des courriers passionnants, pour un généalogiste amateur, entre 1957 et 1967. Ces courriers sont actuellement détenus par les Archives de la République et canton du Jura à Porrentruy. Leur lecture-environ 250 feuillets-aide à comprendre le casse-tête que fut cette recherche de l’origine du patronyme Delavelle.

Pour résumer l’état initial de leurs interrogations, les documents découverts dans la première période de leur quête mentionnaient :

  • une famille Huguenin dont l’un des membres est notaire, se prénomme Richard, qui est parfois nommé "Richard Guenin" ou encore "Huguenin Richard-Guenin" ou même "Recher Guenin".
  • une famille de la Velle dont le représentant Petit Jehan est parfois dit « Richard-Guenin » dans plusieurs actes notariés ou simplement Petit Jehan Richard-Guenin.
  • une famille Richard Guenin dont l’un des membres se nomme Jehan Richard Guénin dit Billeboz ou encore Billeboz Richard Guénin dans certains documents.
  • une lettre de fief découverte sur le tard où Etienne Girardin est dit père de Jehan de la Velle, feudataire de l’Abbaye de Bellelay en compagnie de Jehan Richard Guénin dit Billeboz.

La clé de leurs recherches est apparue en octobre 1966. Le Directeur des archives de l’Évêché de Bâle à Porrentruy, Mr Rais, avait fourni à Louis Delavelle des extraits de documents incomplets issus des archives de la Bourgeoisie de Porrentruy et de l’évéché de Bâle. Ce document mentionnait qu’Etienne Girardin était le beau-frère de Jean-Richard Richard Guenin, lui-même fils de feu Richard Guenin .

Dans ce document, Antoine, au nom de sa femme est demandeur contre Jean-Richard et Estienne dans l’affaire de succession de Richard Guenin. Dans cette version du document, la position de beau-frère de l’un des défendeurs n’éclaircissait pas la situation d’Estienne Girardin vis à vis des Richard Guénin.

La version complète du document finalement obtenue auprès d’André Rais, transcrite par Roger Châtelain dit :
« En oultre estoit ancore ledict anthoine demandeur contans que touchant des biens que la femme de Jehan Richard deffendeur que dessus pourroit avoir apportez, en la maison dudict feu Richard Guenin, que se trouveront dehuement, nÿ vouloit riens prandre nÿ avoir semblablement quant aux biens que estienne gindre, et deffendeur que dessus dict pourroit avoir appourtez en la maison dudict feu Richard Guenin de la maison de son père nÿ pretendroit ne nÿ querelloit riens, mais des aultres biens tuel et quel quilz peullent estre, pretend den estre heritier comme lung deux. »
« Estienne gindre » confirme donc qu’Estienne Girardin était le gendre de feu Richard Guenin et clarifie l’ascendance de Jehan de la Velle .

Roger Châtelain termine sa lettre du 15/10/1966 en écrivant :
« Tout de même, plusieurs preuves étaient là pour faire d’Etienne un Richard Guenin et dire que les de la Velle ont porté aussi pendant trois générations le patronyme Richard Guenin, celui de la femme d’Etienne ! Voilà une pilule que je n’arriverai pas à avaler ! »

L’étonnement de Roger Châtelain aurait sans doute redoublé en sachant que Jean Claude et Jean Jacques de la Velle, en allant habiter à Florimont (dans l’actuel territoire de Belfort), ont vu leurs descendants porter le patronyme Richard-Guénin, puis Guénin, à partir de 1680.

Il en fut de même avec Jehan Henry Richard-Guenin chanoine de la collégiale de St-Ursanne dont le père était André de la Velle qui fut à Rome pour accompagner le Cardinal de Ste-Cécile mais qui se fait appeler André Richard-Guénin lors de son mariage ; pourtant il s’agit bien de la même personne.

Dans l’une de ses lettres, Louis Delavelle écrivait :
« il faisait sans doute meilleur porter le nom Richard-Guenin à cette époque que le nom de la Velle »


[1Les premiers registres paroissiaux vers 1580 ont permis de figer (à l’orthographe près) les patronymes.


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