Le Conseil de la Franche-Montagne, un administrateur avisé

dimanche 22 janvier 2006
par  JML

Documents extraits du livre de Jean-Paul Prongué : La Franche-Montagne de Muriaux à la fin du Moyen âge.
Publié par la Société Jurassienne d’Emulation (SJE)


Débouté du champ politique, sans perspectives d’émancipation à moyen terme, le Conseil de la Franche- Montagne adopte un profil bas en attendant des jours meilleurs. Les conseillers se bornent à gérer les affaires intérieures de la communauté.

En 1454, ils donnent pourtant la mesure de leur savoirfaire dans un domaine délicat, celui de la desserte religieuse du haut plateau.
Le peuplement de la seigneurie de Muriaux est déjà suffisamment dense, au XIVe siècle, pour que l’église-mère de Montfaucon crée une filiale à Saignelégier. Cette église, dédiée à Notre-Dame, n’est pas régulièrement desservie, au grand dam d’une population en plein essor, mais toujours plus disséminée, qui ne peut plus assister aux offices dominicaux dans l’église de Montfaucon. Pour obvier à cet inconvénient, les fidèles francs-montagnards ont fondé, en octobre 1397, une chapellenie dédiée à saint Nicolas « in capella beate et gloriosissime Virginis Mariae in villagio dicti Montis vulgariter Saigneligier nuncupato ». Ces ruraux ont eux-mêmes doté cet autel dans le dessein avoué que son chapelain réside personnellement à Saignelégier et qu’il assure ainsi une partie au moins de la desserte de ce coin de paroisse.

Cette fondation prouve, si besoin était, que les Montagnards font très tôt preuve d’esprit d’initiative. Mais la dotation de cette chapellenie s’est révélée trop modeste pour assurer l’entretien d’un desservant.

En 1454, la « communauté de la Franche Montagne du Faucon » remet l’ouvrage sur le métier dans le but déclaré d’avoir un prêtre à Saignelégier. Les consules, après avoir pris langue avec le rector parochialis de Montfaucon, proposent une nouvelle dotation de l’autel Saint-Nicolas à l’évêque Arnold de Rotberg. La praesentatio de ce desservant revient au Conseil de la Franche Montagne. Ces notables choisissent donc librement le prêtre qui doit célébrer les offices divins et aider, comme il l’a fait jusqu’alors, le rector de Montfaucon, à administrer les sacrements. Le Conseil de la Franche Montagne fixe une clef de répartition des redevances en blé, en avoine et en argent que chaque communauté de la seigneurie doit fournir pour subvenir à l’entretien du chapelain de Saint-Nicolas de Saignelégier, qui doit résider sur place. L’évêque de Bâle approuve ces nouvelles dispositions ?
L’autorité du Conseil et le consensus de la communauté prise en tant que telle peuvent donc imposer, au milieu du XVe siècle, une répartition des charges destinées à résoudre le problème d’intérêt plus local que régional. Cette initiative prouve également que les Francs-Montagnards sont toujours entreprenants et qu’ils sont capables d’obtenir le consentement de l’évêque de Bâle dans un domaine ou l’intrusion des laÏcs est souvent récusée. Après le règne d’Arnold de Rotberg (1451-1457), le Conseil, désormais sous la tutelle du maire princier, n’entreprend plus aucun projet d’envergure avant l’extrême fin du XVe siècle.

En affranchissant la seigneurie de Muriaux de la taille en 1384, NotreDame de Bâle a provoqué, à son insu, une dynamique d’émancipation. Profitant de l’engagement de leur châtellenie (1376-1426), les Montagnards prennent leur destin en main. Ils mettent sur pied une structure communautaire qui est déjà si bien installée en 1426 que les princes-évêques ne peuvent que la reconnaÎtre. Dans la première moitié du XVe siècle, cette communauté achève de se structurer en adoptant le modèle urbain d’un Conseil élisant un maître-bourgeois. Dans le même temps, les Francs-Montagnards acquièrent, a titre individuel, la bourgeoisie foraine de Bienne.
Conscients des risques que ce double mouvement fait courir a leur pouvoir temporel, les princes-évêques font deux analyses de cette situation. Conciliant, Jean de Fleckenstein (1424-1436) pense s’attacher la fidélité des hommes du haut plateau en leur octroyant de nouvelles faveurs, notamment la perception d’un angal. Moins confiants, ses successeurs, et notamment Frédéric ze Rhein (1437-1451), craignent que le mouvement communal franc-montagnard réussisse a lier sa cause avec celle de la ville de Bienne, môle de la résistance au pouvoir princier et pointe avancée du système d’alliances confédérées dans l’Évêché de Bâle.

Ces demandes d’alliance ne sont pas un but en soi. Mis a part la recherche de protection auprès des Biennois et, derrière eux, des Suisses en cas de menace militaire ou de conflit, les hommes de la Montagne de Muriaux ont une vision politique claire de leur situation vis-a-vis de « Monseigneur de Bâle ». Malgré leurs structures communautaires, leurs franchises et leur angal, ils ne peuvent pas élargir, ni même conserver leurs libertés menacées par la restauration du pouvoir seigneurial et par la montée du pouvoir princier.

En 1442, le refus de Berne d’entrer en matière sur un traité de combourgeoisie est un échec majeur pour les Francs-Montagnards. Leur isolement est d’autant plus grave que les Biennois dénoncent en 1444 les bourgeoisies foraines qui unissent les hommes les plus entreprenants du haut plateau a la cité alliée aux Confédérés. L’échec de l’option biennoise, puis bernoise, laisse la Montagne de Muriaux isolée et donc désarmée face a Notre-Dame de Bâle.
Rejetés par leurs alliés naturels, coupés des villes et des paysanneries des bailliages septentrionaux de l’Évêché, qui font preuve d’une docilité exemplaire envers leur prince, les Francs-Montagnards subissent de plein fouet la montée en puissance de « Monseigneur de Bâle ».


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