La datation des actes anciens

mercredi 8 février 2006
par  JML

La datation des actes

L’explication des problèmes de datation des actes à la fin du moyen-âge est ici parfaitement détaillée. C’est pour cette raison que nous avons choisi de la reproduire.


Extrait de : « Documents linguistiques de la Suisse romande », publiés par Ernest Schüle, Rémy Scheurer et Zygmunt Marzys à CNRS Editions


Les actes publiés [1] proviennent de trois diocèses qui avaient des usages différents pour la datation du début de l’année. Dans la partie alémanique de celui de Lausanne, le style de la Nativité fut d’abord en usage mais il fut remplacé au milieu du xve siècle par celui de l’Annonciation qui était pratiqué dans la partie romande du diocèse [2]. Dans le diocèse de Bâle, c’est aussi le style impérial de Noël qui était en usage [3] alors que dans celui de Besançon on passa du style de Noël à celui de Pâques au milieu du XIIIe siècle . [4]
Joseph Trouillat [5] n’a pas tenu compte de la géographie ecclésiastique et il a daté tous les documents selon le style de Bâle, soit le style de Noël en usage dans l’empire.

L’attestation de l’usage de ce style par les agents de l’évêque de Bâle est certaine, y compris pour la Baroche [6], dans les territoires appartenant au XIVe siècle, depuis longtemps déjà, au diocèse de Bâle. L’évêque date aussi selon son propre style des actes donnés hors de son diocèse, comme il le fait à Nidau, diocèse de Lausanne, le 25 janvier 1376 [7] , à moins qu’il ne mentionne son usage à côté de celui du lieu ou l’acte est passé, comme à Porrentruy, diocèse de Besançon, en 1383 [8]

En revanche, dans les territoires plus récemment incorporés au diocèse de Bâle, il semble que les anciens usages se soient maintenus. Ainsi, un acte de 1464 relatif aux droits et coutumes des paroisses de la vallée de Tavannes, de même que, en 1395, un autre acte pour la même région sont donnés « secundum stilum curie Bisuntinensis » [9]. Dans la prévôté de Saint-Ursanne, elle aussi passée du diocèse de Besançon à celui de Bâle, l’influence bisontine continue à s’exercer par l’intermédiaire de l’Ajoie. La rareté des exemples interdit toute affirmation, mais un acte de 1317 (n° 35) concernant un habitant de Saint-Brais et scellé du sceau du chapitre de Saint-Ursanne est daté du « tiert jour dou mois de avril a l-entree de l-an de grace... mil trois cens et seze », ce qui atteste l’emploi du style de Pâques, quelle que soit une autre difficulté de datation.
Dans le diocèse de Besançon, les notaires de l’officialité ne précisent pas plus que les autres rédacteurs d’actes leur usage en matière de datation. Huguenin Jean de Boncourt indique une seule fois qu’il s’agit du style de Besançon (n° 280). Est-ce parce que l’acte est confirmé par le seigneur d’Asuel et que de ce fait l’absence de précision laisserait place à un doute ? C’est peut-être pour cela aussi qu’une abbaye sise près de Besançon date « secundum consuetudinem gallicanam » une reconnaissance envers celle de Lucelle, dans le diocèse de Bâle [10].

L’usage du style de Besançon en Ajoie découle d’indices [11]dont certains ont valeur de preuve. L’acte donné le jeudi suivant le dimanche « que om chantaist Invocavit me, l-an mil trois cenz trante et huit » (n° 164) fait référence à un acte antérieur daté du 2 décembre 1338 (n° 160) et est donc bien de 1339.

À Porrentruy même, l’usage de Pâques se maintint jusqu’en 1577 [12] Cependant, les comptes de la bourgeoisie de Porrentruy (n° 168) respectent une année comptable qui va de Noël ou du 1er janvier à Noël ou au 1er janvier [13].

Sur la base des observations qui précèdent, nous avons daté tous les actes concernant le doyenné d’Ajoie et la prévôté de Saint-Ursanne selon le style de Pâques, comme nous l’aurions fait, le cas échéant, pour des actes de la prévôté de Moutier.

R. Scheurer



[1Se rapporte aux documents présentés dans Documents linguistiques de la Suisse romande

[2Arthur GIRY, Manuel de diplomatique, Paris, 1894, p. 129 ; Édouard-Louis BURNET, « Essai sur la sorte d’année employée à la chancellerie épiscopale de Lausanne au XIIe siècle », Revue historique vaudoise, t. XIII, 1905, p. 207-217, 225-234 et 257-263 ; et Hermann GROTEFEND, Taschenbuch der Zeitrechnung der deutschen Mittelalters und der Neuzeit, dixième édition publié par Theodor ULRICH, Hanovre, 1960, p. 14.

[3Karl MOMMSEN, « Das Basler Kanzleiwesen des Spiitmittelalters », Basler Zeitschriftfur Geschichte und Altertums kunde, LXXIV, 1974, p. 159-188.

[4Arthur GIRY, op. cit., p. 120-121.

[5Joseph TROUILLAT, Monuments de l’histoire de l’ancien évêche de Bâle, Porrentruy, 1852-1867,5 volumes.

[6Le testament d’Ulrich III, comte de Ferrette, mort en 1324, est daté du 4 mars 1324 par l’official de l’évêque de Bâle (ibid., III, p. 338-340) et un acte du 9 février 1412, passé à Charmoille, est expressément daté « secundum stilum seu usum curie Basiliensis ». Ibid., V, p. 231.

[7« Datum in castro nostro de Nydowe... secundum stilum curie nostre Basiliensis. »Ibid., IV, p. 379.

[8« Datum et actum in castro Burnentrut die quinta mensis martii anno domini millesimo trecentesimo octuagesimo secundo secundum stilum curie Bysuntinensis, et octuagesimo tertio secundum stilum curie Basiliensis. »Ibid., IV, p. 432.

[9Ibid., V, p. 470 et IV, p. 576-577

[10Ibid., IV, p. 107

[11Comme dans l’acte n° 117 daté en deux temps, du 5 avril 1331 et du 20 juin 1332. Pâques étant le 19 avril en 1332, il est très probable qu’il s’est passé seulement un peu plus de deux mois entre les deux dates et non pas plus d’une année.

[12Je dois à M. François Noirjean, et je l’en remercie, la connaissance d’une note inscrite en page 2 du premier des registres paroissiaux de Porrentruy : « Pour éviter toute méprise, il faut remarquer que jusqu’en 1577, les années sont comptées dans le style de Besançon, c’est à dire de Pâques en Pâques. »Cette note est tardive par rapport à 1577 mais les actes sont effectivement notés avec un changement de millésime à Pâques. Pour 1569, le curé précise même « secundum stilum Bis. »Le Parlement de Dole avait prescrit dès 1566 le recours au style du 1er janvier, qui fut introduit en Franche-Comté par un édit de Philippe II du 31 juillet 1576 (Arthur GIRY, op. cir., p. ] 2]). Porrentruy a donc adopté ]e nouvel usage dès l’année suivante, en conformité avec l’archevêché de Besançon.

[13Une des dernières mentions du compte de 1339 fait référence à Noël (n° 168,1. 104) et elle est suivie du bouclement du compte (1. 122-141). La première mention du compte de 1340 est datée du mardi après la Circoncision (1. 142 ; voir aussi les lignes 177-178). Le passage de l’année 1340 à 1341 confirme cet usage 1. 241 ss


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