Lexique des termes utilisés entre le XIIe et le XVIIe siècle dans l’Evêché de Bâle

dimanche 5 février 2006
par  JML

  Sommaire  

Beaucoup de termes employés dans les documents des XVe, XVIe et XVIIe sont expliqués dans le lexique du livre de Jean-Paul Prongué : "La Franche Montagne de Muriaux à la fin du Moyen Age" - édité par la société jurassienne d’émulation - 200 - Porrentruy.

C’est pour cette raison que j’ai choisi de reproduire ce lexique afin de répondre aux nombreuses questions qui me sont posées à ce sujet.


 LEXIQUE

(La définition des mots suivis d’un astérisque (*) figure dans ce lexique.)

  A

Abonnement : réduction, sur la base d’un barème déterminé, d’une redevance seigneuriale négociée entre les assujettis à ces charges - la taille*, par exemple - et le seigneur* qui les prélève.

Accenser : de la part d’un seigneur* foncier, investir une tenure* à un tenancier qui est dès lors tenu d’en acquitter le cens* et les droits de mutation.

Alleu (adj. allodial,e) : propriété totale, suivant la définition romaine du terme. Cas normal au Ve siècle, elle fait peu à peu place à la tenure*, avec la subordination des droits hiérarchiques qu’elle implique. Dès le XIe siècle, l’alleu se raréfie - suivant en cela l’adage : « Nulle terre sans seigneur, nul seigneur sans terre » - mais des situations locales peuvent nuancer ce schéma général.

Ambourg : nom donné, dans l’espace jurassien médiéval, à un membre du Conseil d’une communauté* rurale, désigné par les habitants pour gérer les affaires locales dans les limites reconnues par la coutume*.

Angal : taxe indirecte, perçue sur les vins, concédée par le détenteur de la puissance publique à une ville pour consolider ses franchises*. Le produit de cette redevance est souvent destiné à financer la fortification des cités médiévales.

Archidiacre : 1) clerc responsable d’un doyenné - également appelé archidiaconé ou chapitre rural- et qui exerce les fonctions d’intermédiaire entre l’évêque et le clergé séculier de son ressort. Il effectue des visites en principe annuelles dans les paroisses de son doyenné* ; 2) dignitaire de certains chapitres cathédraux ou collégiaux qui y exercent une juridiction en vertu d’une délégation épiscopale.

Autriche : terme désignant, entre autres choses, les possessions héréditaires des Habsbourg* disséminées, à la fin du Moyen Âge, de l’Autriche proprement dite à la Haute-Alsace, et de Trieste aux Pays-Bas. La Maison d’Autriche désigne alors la famille des Habsbourg*, souvent appelée à siéger sur le trône impérial germanique.

Avoué (lat. advocatus, all. vogt) : administrateur du temporel d’une seigneurie* ecclésiastique. Devenue héréditaire au IXe siècle, la charge confère une grande influence a ses titulaires qui en usent et abusent dans toute l’étendue de leur avouerie*. Plus tard, ces fonctions concernent également des mandats de juge, chef militaire et administrateur, exercés sur des terres ne relevant plus forcément de seigneurs ecclésiastiques.

Avouerie : 1) fonctions dévolues a un avoué, souvent héréditaires au sortir de l’ère carolingienne* ; 2) territoire sur lequel l’avoué exerce ses fonctions.

 B

Bailli (adj. baillival,e) : agent d’administration seigneuriale, généralement chargé de la gestion domaniale et financière, de la police et de la justice. Les baillis royaux sont tenus, à la fin du XIIe siècle, de défendre, renforcer et élargir, dans des circonscriptions précises bientôt appelées bailliages, le pouvoir du roi et, plus tard, du prince dans tous ses aspects, tant vis-a-vis des seigneurs que des bourgeois* et des ruraux.

Ban (adj. banal,e) : droit seigneurial, consécutif au démantèlement de la puissance publique, de commander, contraindre et punir.

Banalité : redevance exigée par le seigneur* banal pour l’utilisation des équipements collectifs (fours, moulins, pressoirs, etc.) dont il a le monopole.

Banvin : privilège seigneurial de vendre prioritairement a ses tenanciers, parfois en vente forcée, a certaines époques de l’année, les vins provenant des vignes de la seigneurie*.

Bénéfice : entre autres choses, fonction ecclésiastique pourvue d’un temporel pour assurer la subsistance du desservant (bénéficier). On distingue les bénéfices avec charge d’âmes (cum cura animarum*) et ceux qui sont sans responsabilités pastorales (sine cura), comme par exemple les canonicats, les chapellenies*, etc.

Bourgogne : province française dont les ducs, apparentés à la famille royale, tirent prestige et puissance aux XIVe et XVe siècles. La Maison de Bourgogne, dont Charles le Téméraire (1433-1477) est le dernier représentant mâle, détient des possessions situées entre les Flandres et le Charolais. Elle joue un rôle important dans la politique européenne au Moyen Âge finissant.

Bourgeois : habitant d’une ville jouissant de franchises *, concédées par le roi ou le seigneur de la cité. À la fin du Moyen Âge, les plus riches citadins cherchent à limiter progressivement l’accès à la bourgeoisie pour renforcer les privilèges des ayants droit, de sorte que tous les habitants ne sont plus bourgeois.

Bourgeois forain (all. usshurger) : personne résidant à l’extérieur d’une ville dont elle a acquis la qualité de bourgeois*, avec les avantages et les devoirs que ce privilège comporte.

Bresi : terme du parler jurassien désignant un quartier de viande de bœuf fumé afin d’en assurer la conservation.

 C

Cammergericht, camergericht (pas d’équivalent en français) : cour de haute justice convoquée par le prince et composée, dans l’Evêché* médiéval, de vingt-quatre jurés.

Carolingiens : dynastie qui domine le monde franc dès l’époque de Pépin le Bref (t741) et qui atteint l’apogée de sa puissance sous le règne de Charlemagne (+8l4), couronné empereur à la Noël de l’an 800. L’Empire ainsi fondé subsiste jusqu’aux partages de Verdun (843) et de Mersen (870). Les Carolingiens se maintiennent sur le trône de Germanie jusqu’en 911 et sur celui de France jusqu’en 987.

Casuel : synonyme de droit d’étole*.

Cens : redevance en principe fixe et annuelle, généralement en argent, récognitive de seigneurie et due par le tenancier d’une tenure a son seigneur foncier (domaine direct ou simplement « directe »).

Censier : document écrit énumérant les tenures acquittant un cens avec les noms des tenanciers, la situation et l’étendue de ces biens-fonds, etc.

Censive : partie de la seigneurie foncière amodiée, moyennant le paiement d’un cens, à un tenancier qui la « tient » à titre héréditaire (domaine utile).

Censitaire : tenancier acquittant un cens sur les tenures (terres, chésaux, maisons, moulins, etc.) accensés par un seigneur foncier*.

Chanoine : clerc participant a la vie commune, au moins dans ses aspects religieux, d’un chapitre* cathédral ou collégial. Les chanoines réguliers, comme les Prémontrés par exemple, sont membres d’un Ordre religieux et vivent dans une étroite communauté matérielle, a l’instar des moines.

Chapellenie : charge de desservant d’une chapelle, avec les revenus afférents a ce bénéfice*.

Chapitre : communauté de chanoines desservant une église collégiale ou une cathédrale (Haut Chapitre). Depuis la fin du Moyen Âge, les évêques de Bâle sont souvent désignés par - et parmi - les membres du chapitre cathédral.

Châtellenie : territoire sur lequel le maÎtre d’une forteresse exerce, dans l’ordre féodal, le pouvoir de commandement (ban*) qu’il s’est approprié. À la fin du Moyen Âge, circonscription administrative royale ou princière dans laquelle un officier, le châtelain, exerce les attributions confiées par le détenteur de la puissance publique.

Chesal : tenure en principe destinée a servir de terrain a bâtir ; parcelle sur laquelle est édifiée une maison.

Chevalier (lat. miles, all. ritter) : jusqu’au XIIe siècle, combattant il cheval d’origines diverses puis, dès le XIIIe siècle, homme de guerre adoubé à l’issue d’une cérémonie à caractère religieux et partageant des valeurs communes avec ses pairs. Aux XIVe et XVe siècles, la chevalerie exclut ceux des nobles qui sont sans grands moyens financiers, mais elle perd peu il peu de son prestige, malgré la création d’ordres de chevalerie, tant religieux que laîcs.

Clavier : personnage chargé de la tenue des comptes d’une fabrique*, de la gestion des intérêts matériels d’une église, de la préparation des offices, etc.

Collation (droit de) : droit, pour le patron d’une église, d’une chapellenie, etc. de présenter le titulaire d’un bénéfice* ecclésiastique, sous réserve de l’acceptation du candidat par l’évêque qui, depuis la réforme grégorienne, peut seul investir le prêtre présenté dans ses fonctions. Le droit de collation est synonyme de « droit de présentation ».

Combourgeois : en Suisse, personne physique ou morale reçue, à titre individuel ou collectif, comme bourgeois* d’une ville bénéficiant de franchises.

Comforteur : terme régional désignant le secrétaire-caissier d’un Conseil bourgeois.

Communauté : ensemble reconnu et organisé des habitants d’un village, d’un hameau, etc. qui gère, sous la tutelle du seigneur*, les droits d’usage collectifs, les pâturages communaux et souvent un petit budget local.

Commune : ville pourvue d’une personnalité civile et politique, formée par un serment mutuel et reconnue par une charte. Le « mouvement communal », parti du nord de la France au XIe siècle, se répand dans toute l’Europe ; il reflète, en même temps qu’il l’accélère, l’émancipation de la bourgeoisie et des villes, dans des limites qui varient considérablement de cas en cas.

Composition : 1) procédure de règlement des conflits en matière civile, très usité au Moyen Âge dans l’Évêché, par lequel chacune des parties désigne des arbitres (« aimables compositeurs ») qui statuent gratuitement sur un litige. Les parties s’engagent par avance à verser une forte somme en cas de refus de la composition ;
2) la composition judiciaire est une pratique médiévale d’origine germanique qui transforme une condamnation pénale, souvent à la peine capitale, en une somme d’argent à verser à la famille de la victime et, plus tard, au trésor public.

Confédèrés : terme générique désignant, dès 1291, les villes et les communautés helvétiques liées entre elles, individuellement ou collectivement, par des traités d’alliances dont la portée varie de cas en cas.

Confrérie : association de prières et de secours mutuel, consacrée à un saint, liée ou non à un métier. Dans les villes, dès le XIVe siècle, elles deviennent de plus en plus des associations professionnelles réglementant l’exercice d’une activité économique donnée.

Consistorium : séance du tribunal de l’Officialité* ou le juge épiscopal expédie les affaires suivant les principes du droit canonique. Plus largement, conseil réunissant des membres du clergé.

Corvées : prestations en services dues au seigneur* foncier par ses tenanciers et dépendants, libres et non libres. La réserve de la seigneurie est ainsi exploitée en faire-valoir direct grâce aux travaux des corvéables, dont les charges varient en nature et en importance suivant les régions et les époques. Dans le Jura, elles sont très limitées à la fin du Moyen Âge.

Coutume(s) : ensemble de règles juridiques fondées sur l’usage du fait sanctionné par les décisions de justice. Le régime coutumier, fixé dans des chartes dès le XIIIe siècle, est le corpus politico-juridique qui fixe les droits et les devoirs des membres de la société médiévale dans une communauté locale, une seigneurie ou un « pays ».

Cura animarum (litt. « charge des âmes ») : obligation, pour certains prêtres bénéficiers, d’exercer une charge pastorale envers des fidèles, notamment dans le cas des curés, des vicaires, etc.

Curia (fr. cour) : terme désignant souvent la cour épiscopale, notamment les organismes chargés d’administrer le pouvoir temporel de l’évêque et du chapitre cathédral *.

 D

Dedicace : bénédiction d’une église à la fin de sa construction. Cérémonie religieuse commémorant chaque année cet anniversaire.

Dîme (adj. décimal,e) : redevance sur les fruits de la terre versée en principe à l’Église. Généralisée sous les Carolingiens*, au VIIIe siècle, elle est souvent tombée, en totalité ou en partie, aux mains des seigneurs* laîcs ou ecclésiastiques. Les « petites dîmes » sont levées sur les légumes, les fruits, etc. ; les « grosses dîmes » sur les céréales.

Diocèse : circonscription ecclésiastique placée sous la responsabilité d’un évêque*. Dans l’usage courant, évêché* est synonyme de diocèse.

Dot (fr. jurassien « deute ») : ensemble de biens et de revenus affectés, à l’époque carolingienne*, à l’entretien d’une église, de son desservant et des pauvres de la paroisse. La fabrique* gère le patrimoine de l’église proprement dite, et non pas de sa dot, souvent réduite à peu de choses à la fin du Moyen Âge.

Doyenné (adj. décanal,e) : subdivision du diocèse*, également appelée chapitre rural, regroupant plusieurs paroisses et placée sous la responsabilité d’un doyen ou archidiacre* qui veille à ce que les décisions des synodes diocésains soient régulièrement appliquées.

Droits d’étole : émoluments perçus par le desservant d’une paroisse lors de l’administration de certains sacrements (confession, communion) et de certaines cérémonies (enterrements, bénédictions, etc.). Synonyme : casuel*.

Droits d’usage collectifs : possibilité, pour les membres d’une communauté* rurale, de mener païtre leurs animaux, à certaines époques de l’ année, sur une partie des terroirs du village ainsi que sur le pâturage communal.

Duel judiciaire : mode de preuve en usage dans la procédure judiciaire médiévale visant à déterminer le coupable en opposant deux suspects dans un combat singulier. Le vainqueur était réputé innocent.

 E

Écorcheurs (all. schinder) : mercenaires et hommes d’armes divers laissés sans emploi après 1439 et qui, profitant de la faiblesse des États, se livrent au pillage. En 1444, ces bandes armées dévastent l’Alsace et se heurtent aux Confédérés lors de la bataille de Saint-Jacques sur la Birse.

Écuyer (lat. armiger, scutifer ; all. juncker) : aux XIe et XIIe siècles, jeune homme d’armes vivant dans l’entourage d’un chevalier*. Par la suite, noble non adoubé chevalier, classé en bas de l’échelle des membres de la noblesse.

Ecclesia matrix (fr.église-mère) : principale église d’une paroisse et en principe seule à pouvoir abriter des fonts baptismaux et à être entourée d’un cimetière. Elle est à la tête des filiales, simples lieux de culte desservis par des vicaires* placés sous la responsabilité du rector*, le curé bénéficier chargé de la desserte de l’église-mère.

Ecclesia filialis (fr. filiale ou succursale) : église confiée à un vicaire, dépendant d’une église-mère* seule à être desservie par un curé en titre.

Empire (Saint-Empire romain germanique) : reconstitué par Othon, roi de Germanie, en 962 et supprimé par Napoléon en 1806, cet État prétendait rassembler sous une seule autorité les peuples de l’Occident chrétien, à l’imitation des anciens Empires romain et carolingien. En fait, le royaume de France, entre autres, n’a jamais reconnu sa suprématie. Au Moyen Âge, de la Saône à l’Elbe et du Danemark aux États de l’Église, l’Empire rassemblait surtout des terres allemandes et italiennes. En principe désigné par un collège de grands électeurs, l’empereur ne porte son titre qu’après avoir été couronné par le pape.

Enclosures (mouvement des) : processus socio-économique qui pousse certains seigneurs* et grands tenanciers, d’abord en Angleterre puis dans plusieurs régions du continent, au lendemain de la Peste* de 1349-1350, à clôturer leurs domaines pour le soustraire aux droits d’usage collectifs*, notamment à la vaine pâture*, et à se partager les communaux. Lié au développement de l’élevage commercial des moutons, puis des bovins, ce mouvement marque le début de l’individualisme agraire.

Encranne : terme jurassien désignant le droit, pour un éleveur membre d’une communauté* rurale, d’amener un certain nombre d’animaux sur le pâturage communal. Au Moyen Âge, on parle de « marcs » et non pas d’ « encrannes ».

Engager : au Moyen Âge finissant, remettre un fief, une seigneurie*, etc. en garantie d’un prêt d’argent. Les revenus de la « gagerie » financent les intérêts de la somme prêtée par l’ « engagiste », qui doit en principe restituer les biens engagés lors du remboursement du prêt par le débiteur.

Évêché (all. Stifft) : circonscription ecclésiastique placée sous la responsabilité d’un évêque. Dans certaines régions, comme dans le Jura, ce terme désigne l’entité géopolitique dans laquelle s’exerce l’autorité temporelle d’un prince-évêque.
Excommunication : peine canonique qui place un chrétien hors de la communion des fidèles. L’excommunié ne peut notamment pas recevoir les sacrements et pénétrer dans une église pour y entendre la messe.

 F

Fabrique : terme générique désignant un conseil chargé d’administrer les biens d’une église paroissiale ou d’une filiale*.

Ferto : taxe acquittée par les membres du clergé séculier à la cour épiscopale pour avoir le droit de tester et échapper ainsi à la confiscation partielle de leur héritage par l’évêque après leur décès.

Feu (all. herdstatt) : le « feu réel » est un groupe de personnes, souvent une famille, faisant ménage commun autour d’un même âtre. Le « feu fiscal » est une unité fiscale correspondant à une certaine part de la masse imposable d’une communauté* d’habitants.

Fief (lat. feodum) : possession - souvent foncière - qu’un seigneur* concède, après la cérémonie de foi et hommage, à son vassal* en vue d’assurer l’existence de celui-ci.

Franchises : privilèges accordés par le seigneur* réglementant, limitant ou supprimant les droits qu’il exerçait auparavant en vertu de son droit de ban*. Apparues au XIIe siècle, elles se multiplient, tant au profit des villes que des communautés* rurales, au XIIIe et au XIVe siècle.

Friintlich stiir (litt. « contribution amicale ») : imposition directe, décidée de cas en cas par les princes-évêques de Bâle dès le milieu du XVe siècle et frappant en principe tous les sujets roturiers de l’Évêché*. C’est la première version régionale de l’impôt direct moderne qui se généralise en Europe dès le XIVe siècle.

 H

Habeas corpus (litt. « que tu aies le corps ») : terme désignant les garanties protégeant les libertés individuelles des sujets du roi d’Angleterre, en matière judiciaire notamment, énoncées pour la première fois dans la Grande Charte de 1215.

Habsbourg : illustre dynastie féodale germanique apparue vers 1020 en Argovie et qui étend son influence, aux XIe-XIIe siècles, en Helvétie et en Alsace. Elle accède au trône impérial pour la première fois en 1273. Après avoir acquis les titres de ducs d’Autriche, de Styrie et de Carniole en 1278, cette famille - la Maison d’Autriche* - joue un rôle prépondérant dans le Saint-Empire* et en Europe, du Moyen Âge classique jusqu’a l’écroulement de l’Autriche Hongrie en 1918.

Hostaige : terme du parler médiéval jurassien désignant une pratique judiciaire consistant a contraindre un débiteur refusant d’ acquitter sa dette à vivre à ses frais, dans une hôtellerie coûteuse, jusqu’ au paiement des sommes dues au débiteur.

 I

Indulgence : rémission totale ou partielle, grâce aux mérites du Christ et des saints, des peines dues au purgatoire par un pécheur en raison des péchés qu’il a commis, moyennant certaines conditions a remplir (prières, aumônes, etc.).

Indult : privilège accordé par les papes ou les évêques à des clercs ou à des laïcs en dérogation du droit ordinairement en vigueur.

Interdit : peine canonique qui interrompt toute vie religieuse - liturgique et sacramentelle - dans un territoire donné.

 J

Jachère : état d’une terre labourable laissée temporairement sans produire de récolte. En cas d’assolement biennal, les champs ne sont ensemencés qu’une année sur deux.

Jus gladii (litt. « droit de glaive ») : droit de juger et de condamner a la peine capitale, prérogative essentielle de la puissance publique et afférente a la haute justice. Depuis la fin de l’époque carolingienne*, ce droit est souvent usurpé par les grands seigneurs* laÏcs et ecclésiastiques.

 L

Liber vitae (litt. « livre de la vie ») : terme latin désignant un obituaire*.

Libertés : privilèges et franchises* reconnus à une communauté* et énoncés lors des records de droits* ou consignés dans les chartes.

Louhances (all. kauffgelt) : terme franc-montagnard désignant les droits de mutation exigés par le seigneur foncier lorsque des tenures changent de main, a la suite d’une vente ou d’un héritage. En français, on parlerait de « lods et ventes »*.

Lods et ventes : voir « louhances »*.

Luminaire : éclairage, grâce à des cierges de cire, d’une église, souvent financé grâce a la générosité d’un bienfaiteur.

 M

Maire (lat. villicus., all. meyer) : agent du pouvoir seigneurial chargé de percevoir les redevances foncières, de lever la taille*, de présider les cours de justice rurale, etc. dans une communauté* ou une collectivité quelconque.

Maître-bourgeois : président du Conseil bourgeois*, élu par ses pairs en principe pour un mandat d’une année.

Manant : habitant ordinaire d’un village, d’une seigneurie* rurale, à l’exclusion des clercs et des nobles. Au Moyen Âge, le mot n’a pas le sens péjoratif qu’il a acquis par la suite.

Manse : unité d’exploitation agricole comprenant les terres et les équipements divers nécessaires pour faire vivre une famille a l’ère carolingienne*.

Marc : mesure de poids utilisée spécialement pour les métaux précieux et valant 245 grammes au XIIe siècle. Valeur, exprimée en signes monétaires, de ces 245 grammes d’argent. Dans un sens différent, voir : encranne* .

Mérovingiens : dynastie franque qui domine, à la suite de Clovis (baptisé en 496 et mort en 511 ), l’essentiel de la Francie - l’espace situé entre l’Aquitaine et la Franconie - entre la fin du Ve siècle et le milieu du VIIIe siècle.

Méteil : mélange de seigle et de froment semé et récolté sur les terroirs de moindre fertilité. Il ne faut pas les confondre avec les rentes céréalières dites aeque (aeque avene et frumenti), fréquentes au XlVe siècle, comportant autant de mesures de blé que d’avoine, mais livrées séparément.

Montre d’armes (all.musterung) : inspection des hommes équipés de leurs armes et mobilisables en cas de conflit.

Mouvance : ensemble de fiefs et de possessions diverses qui dépend, dans l’ordre féodal, d’un seigneur* à la suite des inféodations successives effectuées au profit de ses vassaux* et aux vassaux de ceux-ci. Les limites d’une mouvance sont souvent celles des terres qui relèvent, en matière judiciaire, de la haute justice d’un roi, d’un prince ou d’un autre grand seigneur* laïc ou ecclésiastique.

 O

Obits : service religieux célébré au bénéfice de l’âme d’un défunt.

Obituaire : registre d’une église ou d’un monastère consignant les noms de ses bienfaiteurs et les obits* à célébrer, à la date appropriée, en faveur des fidèles qui ont fondé des messes anniversaires pour le repos de leur âme. Synonyme : liber vitae*.

Obrigkeit (terme allemand) : instance qui exerce, dans les principautés germaniques médiévales, les responsabilités afférentes à la puissance publique.

Officialité : tribunal ecclésiastique relevant de la cour épiscopale. Au Moyen Âge, les causes jugées par l’official en vertu du droit canonique concernent souvent - en raison de la personne (ratione personae) ou de la matière (ratione materiae) - des affaires spirituelles et temporelles.

Officier : personnage exerçant une fonction au service d’un seigneur*, d’un prince ou d’un roi. En général, cette charge est rémunérée, temporaire et révocable. Ancêtres des fonctionnaires modernes, les officiers effectuent souvent des carrières au service des États qui se mettent en place dès le XIIIe-XIVe siècle.

Openfield (litt. « champ ouvert ») : système agropastoral en usage en Europe occidentale dès la fin de l’époque carolingienne* et qui autorise, à certaines conditions, la vaine pâture* sur le terroir d’une communauté rurale, la jouissance d’un pâturage communal, etc. Dès le XIVe siècle, le « mouvement des enclosures »*, basé sur l’individualisme agraire, s’oppose au système d’openfield, caractérisé par de fortes contraintes communautaires et qui reste prédominant jusqu’à la Révolution française.

Ordinaire : évêque diocésain, considéré en tant que juge ecclésiastique de droit commun, par opposition aux juges délégués.

Ouche (fr. régional « œuche ») : terrain fertile, généralement clos, et cultivé en potager.

 P

Passement (lettre de) : document officiel émis par un tribunal résumant une affaire civile en justifiant l’avis de droit prononcé par la cour.

Patriciat : groupe social défini, au sein de la bourgeoisie* d’une ville, par son influence et parfois, depuis l’ époque moderne, par son statut particulier. Constitués en milieu fermé et solidaire, les patriciens finissent par exercer seuls la gestion municipale.

Patronage (droit de) : après la réforme grégorienne*, droit pour les possesseurs d’églises de présenter à l’évêque le titulaire d’un bénéfice* ecclésiastique - droit de présentation ou de collation* - et, parfois, d’y prélever une partie des dîmes*. Lorsque le patron est une abbaye, une église, etc., le droit de patronage peut s’ étendre, mis à part les dîmes, jusqu’aux revenus afférents à l’exercice du culte (offrandes, casuels, etc.).

Pâture (vaine) : droit reconnu, dans le système d’ openfield*, à chaque membre d’une communauté* rurale, de mener paître son bétail sur les biens-fonds des autres tenanciers, après que les foins et les récoltes ont été enlevés. Quand le droit de vaine pâture s’exerce de communauté* à communauté, il prend le nom de droit de parcours.

Paysans (guerre des) : violent mouvement de contestation sociale, hostile aux seigneurs* laïcs et ecclésiastiques, et motivé par les principes de justice proclamés dans l’Évangile, qui souleva les paysanneries d’Allemagne contre l’ordre établi au début de la Réforme*, entre 1524 et 1525. Impitoyablement réprimé, il donna naissance aux premières communautés anabaptistes.

Peste : pandémie originaire d’Asie centrale qui atteignit la Crimée et la Sicile en 1347 et qui se répandit bientôt sur tout le continent européen, provoquant la mort du quart ou du tiers des populations au milieu du XIVe siècle. En Europe, la maladie est restée endémique jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.

Plaid (lat. placitum, all. ding) : assemblée politique et judiciaire dont les attributions varient entre l’ époque mérovingienne* et la fin du Moyen Âge, organisée au niveau d’un pays, d’une seigneurie*, d’une communauté*, etc.

Plaige (fr. médiéval) : personne qui se porte garant de l’exécution d’un contrat, notamment du remboursement des sommes empruntées par un débiteur.
Plebanus : terme générique désignant le desservant - même non bénéficier* - exerçant une cura animarum dans une église ou une chapelle.

Potentes (litt. « les puissants ») : terme latin désignant, au Moyen Âge, les personnages laïcs et ecclésiastiques qui, par leurs fonctions ou leurs possessions, exercent un rôle dominant dans l’ordre social.

Presure : matière qu’on trouve dans le quatrième estomac, ou caillette, du veau et des jeunes ruminants et dont on se sert pour faire cailler le lait.

Prévôt (lat. praepositus, all. probst) : terme désignant des personnages exerçant des responsabilités très diverses. Dans les seigneuries* et les châtellenies*, les prévôts sont chargés de la juridiction domaniale, en particulier forestière. Dans les villes, les prévôts désignent des juges princiers qui expédient, assistés des prud’hommes*, les affaires relevant de la basse justice. Dans l’ordre ecclésiastique, le prévôt est le clerc placé à la tête d’un chapitre* collégial, comme c’est le cas à Saint-Ursanne.

Prevôté (all. probstei) : ressort dans lequel le prévôt exerce ses fonctions.

Procurator fiscalis : agent de la cour épiscopale chargé de rechercher et de réprimer les crimes et délits relevant du for ecclésiastique en les signalant au juge et en les poursuivant, par les moyens habituels du droit, jusqu’à la prononciation de la sentence.

Prud’homme : personnage siégeant comme assesseur dans un tribunal ou un conseil.

 Q

Quarte : quatrième partie de la dîme*, en principe réservée, depuis le XIIF siècle, aux curés desservants.

 R

Record de droits : rappel public et solennel, longtemps oral, des coutumes* qui fondent l’ordre politique et juridique d’une communauté* au Moyen Âge. Certaines chartes n’ont fait que coucher par écrit le droit coutumier en vigueur à l’époque de leur rédaction.

Rector : curé en titre d’une paroisse.

Réforme : mouvement religieux lancé par Martin Luther (1483-1546) visant à réformer l’Église dans le sens d’une plus grande fidélité, dans les domaines théologique et ecclésiologique, aux textes évangéliques. Publiées en 1517, précisées par la suite, les thèses de Luther se sont rapidement imposées dans le monde germanique, puis en Angleterre et en Suisse, au milieu du XVIe siècle.

Reforme grégorienne : mouvement de réforme ecclésiastique lancé par le pape Grégoire VII (1073-1095) visant a dégager l’Église d’Occident de la tutelle des puissances temporelles, notamment en tout ce qui touche aux désignations des papes, des évêques et des abbés. Cette initiative, poursuivie tout au long des XIIe et XIIIe siècles, est à l’origine de la Querelle des Investitures qui opposa la Papauté a l’Empire en Allemagne et en Italie.

Regalia : droits réservés, dans ]e monde romain, à la puissance publique, comme celui de battre monnaie, de rendre la justice, d’entrer en guerre, etc. Insignes symbolisant ces souverainetés : couronne, sceptre, épée, etc.

Régence d’Ensisheim : instance politico-administrative et judiciaire centralisée à Ensisheim et qui gère, du XVe au XVIIe siècle, les possessions de la Maison d’Autriche* en Alsace.

 S

Seigneur : 1) dans l’ordre féodal, personnage qui reçoit l’hommage d’un vassal* ; 2) dans l’ordre seigneurial, personne physique ou morale, laïque ou ecclésiastique, qui exerce des droits divers - relevant de la seigneurie* foncière ou/et de la seigneurie banale - sur les hommes et les choses d’une seigneurie entendue ici dans le sens géopolitique du terme.

Seigneurie banale : ensemble de droits relevant à l’origine de la puissance publique (défense, justice, fiscalité, monopoles économiques, etc.) exercés dès la fin de l’ère carolingienne* par les seigneurs à la suite du déclin du pouvoir royal.

Seigneurie foncière : ensemble de terres (réserve seigneuriale et tenures* paysannes) et de droits (corvées, justice rurale, redevances en argent et en nature, etc.) détenus par les seigneurs * après la disparition de l’économie domaniale, a la fin de l’ère carolingienne*, qui était caractérisée par le faire-valoir direct des terres des potentes*.

Sénéchal (lat. dapifer, all. truchsess) : à l’époque mérovingienne*, personnage chargé du ravitaillement de la cour royale. Par la suite, dans les cours féodales, la charge devient honorifique, mais elle assure des avantages divers à son titulaire.

Serf : personne qui, par sa naissance (servage personnel) ou par les terres qu’elle cultive (servage réel), dépend entièrement de son seigneur* et est soumise à diverses incapacités civiles. Les macules serviles (impossibilité d’ester en justice, de prêter serment, de conclure un contrat, de tester librement, d’accéder à la prêtrise, etc.) varient considérablement suivant les époques, les régions et les cas.

Sole : dans le système dit d’assolement (biennal ou triennal), qui se met en place au sortir du Moyen Âge dans les pays d’ openfield*, le terroir d’une communauté* rurale est divisé en deux ou trois parties, les soles - appelées « pies » dans le Jura - qui sont cultivées ou laissées en jachère* suivant un cycle de rotation culturale applicable à toutes les exploitations. Celles-ci doivent donc répartir leurs parcelles dans toutes les soles du village pour pouvoir récolter des céréales chaque année.

 T

Taille : impôt direct, en principe de répartition, prélevé par le seigneur* banal dès le XIe-XIIe siècle. « À merci », elle est exigible arbitrairement, mais elle finit par être abonnée*, c’est à dire tarifée selon un barème connu et dans certaines conditions déterminées par la coutume* .

Tenure : exploitation agricole ou bien-fonds concédé par le seigneur* à un tenancier en échange de redevances et de services. Le principal type de tenure est la censive*. L’ensemble « tenures plus réserve » constitue l’assise foncière de la seigneurie*.

 U

Urfecht (terme allemand intraduisib]e) : en droit germanique, renonciation solennelle à la vengeance privée. À la fin du Moyen Âge, cette disposition, énoncée dans une urfehdebrief, est notamment prise dans le cadre d’une composition* judiciaire (verkomnis) négociée entre le coupable, la famille de la victime, et surtout le représentant de la puissance publique.

 V

Vassal : homme libre qui, par besoin de protection, prête l’hommage à plus puissant que lui en promettant un service à la cour de son seigneur* et un soutien en cas de conf1it. Pour assurer la subsistance de son vassal, le seigneur lui remet un fief*. Héréditaire dès le IXe siècle, la vassalité amène la patrimonialisation des fiefs. Dès lors, le vassal prête surtout foi et hommage à son seigneur en vue d’être investi du fief, et les obligations d’aide et conseil perdent progressivement de leur importance.

Vicaire (Jat. vicarius) : prêtre chargé d’assister un curé (rector*) dans ses fonctions pastorales. Les vicaires assurent parfois la desserte d’une église filiale*. Le vicaire dit « commissionné » exerce un mandat (commissio) en remplacement du titulaire officiel d’un bénéfice* impliquant une cura animarum*, en vertu d’un contrat annuel et moyennant un salaire.


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