Roger Châtelain

vendredi 3 février 2006
par  JML

 Le Fonds Roger Châtelain aux Archives cantonales à Porrentruy

par François Noirjean

Le nom de Roger Châtelain peut évoquer des références très diverses, en raison des nombreuses homonymies des nom et prénom. Un Roger Châtelain s’illustre dans les arts graphiques : doyen de l’Ecole romande des arts graphiques, il a présidé l’Association romande des correcteurs d’imprimerie. Un autre Roger Châtelain s’adonne à la musique ; il a enseigné à l’Ecole jurassienne et conservatoire de musique, il a dirigé divers chœurs et continue de composer. Et la liste est assurément incomplète. Quant au Fonds Roger Châtelain, conservé désormais aux Archives cantonales jurassiennes, il provient d’une autre personne encore, à qui cet article est exclusivement consacré. Dans Les Arts dans le Jura bernois et a Bienne, Gustave Amweg le signale comme peintre autodidacte [1] qui exposa dix-huit huiles et aquarelles à l’exposition des beaux-arts de Tramelan en 1933 ; le même ouvrage contient plusieurs dessins de Roger Châtelain représentant des pierres sculptées qui singularisent certaines maisons de Tramelan [2]. L’Anthologie jurassienne mentionne Roger Châtelain pour sa participation au groupe de La Revue transjurane [3].
Plus récemment, dans son Histoire de Tramelan, Roland Stähli consacre une brève notice à Roger Châtelain, archiviste communal, organisateur des salons jurassiens des beaux-arts, l’un des fondateurs de La Revue transjurane et auteur de travaux historiques [4].

 Repères biographiques

Fils unique d’Albert Châtelain (1882-1965) et d’Alice née Guenin (1888-1946), Roger Châtelain est né dans sa commune d’origine, Tramelan-Dessus [5], le 8 août 1910. Son père était visiteur en horlogerie, employé de la Manufacture d’horlogerie A.Reymond S.A., ARSA, à Tramelan, pendant 55 ans. Albert Châtelain participa activement à l’activité de diverses sociétés ; membre du Chœur de l’église réformée, membre du comité de Pro Jura et de la Société de développement, il figure parmi les fondateurs du Ski-Club de Tramelan. Il présida aussi l’Association jurassienne de football. Par son milieu familial, Roger Châtelain est donc d’emblée introduit dans la vie des associations.
Après ses classes primaires et secondaires à Tramelan, Roger Châtelain entre à l’École de commerce de Saint-Imier ou il obtient son diplôme d’employé de commerce en mars 1930 ; en mai de la même année, il passe encore avec succès des examens de sténographie. Il fut dès lors employé dans diverses entreprises de la place en qualité de secrétaire et de comptable.

En 1945, il est nommé archiviste communal de Tramelan-Dessus, puis de Tramelan après la fusion des deux communes, mais cette fonction l’occupe accessoirement à son activité professionnelle. En 1958, il est désigné comme remplaçant du secrétaire communal, et dès le 1er décembre 1968, il est employé à la recette municipale. En 1981, Roger Châtelain s’établit à Bienne ; il y reste dix ans, avant d’élire domicile à Delémont.

Il est décédé le 30 septembre 1996, laissant un testament olographe daté du 12 avril 1985, par lequel il lègue tous ses papiers, « soit correspondance, livres, revues, brochures, manuscrits, pièces d’archives, dossiers, journaux, cartes postales, photos et clichés » à l’Office du patrimoine historique pour les conserver aux Archives cantonales, et ses livres à la Bibliothèque cantonale jurassienne.

 Activités culturelles et sociétés

Le diplôme de commerce que Roger Châtelain avait obtenu ne pouvait satisfaire sa curiosité quasi insatiable. Pour Noël 1927, il reçoit un violon, instrument qui va ouvrir le jeune esthète à un nouveau centre d’intérêt. Le 7 janvier 1928, il prend sa première leçon de violon chez Albert Béguelin et il continue jusqu’en 1939. Dès le printemps 1928, il joue dans l’éphémère orchestre Union chrétienne de Tramelan, « comme je pouvais » note-t-il sur une fiche relatant ses « activités personnelles » [6]. En 1930, il est désigné comme secrétaire de l’Orchestre de Tramelan, lors de la reconstitution de cet ensemble ; il en devient le président le 1er septembre 1932. L’orchestre de Tramelan est dissout en juin 1933. Roger Châtelain entre alors, comme violoniste, dans l’Orchestre de variétés Mignon (dissout en 1936), puis dans le Blue Cat Band (dès 1937). Ces orchestres participent aux fêtes, proposent des concerts de bienfaisance et participent aux inaugurations de bâtiments publics, animent les bals populaires et les thés dansants [7]
. La musique restera un centre d’intérêt pour Roger Châtelain. En 1956, il applaudit à l’annonce du projet de restauration de l’abbatiale de Bellelay. Dans un article intitulé Bellelay et la musique, il constate l’existence d’une « demi-douzaine d’orchestres répartis dans quelques localités ». Il suggère alors de donner une vocation musicale à l’abbatiale restaurée : « Pourquoi ne pourrait-on pas constituer avec tous les bons éléments, avec tous les instruments de ces orchestres, un grand orchestre jurassien (en laissant bien entendu à chacun son autonomie) ? Pourquoi ne pourrait-on pas créer avec les nombreux et estimables chœurs mixtes de la région, un grand chœur jurassien destiné à unir sa voix à celle de l’orchestre, appelés l’un et l’autre à jouer régulièrement à Bellelay ? (...) Nous irons plus loin. Ne pourrait-on pas, plus tard, donner devant l’église même de Bellelay, des pièces de théâtre de plein air (du théâtre très sérieux bien sûr et s’adaptant au lieu), ceci dans les étés qui, espérons-le, seront plus cléments que ceux que nous venons de vivre ! » [8].
Roger Châtelain s’adonne aussi avec enthousiasme à la peinture, posant son chevalet tantôt en pleine nature, notamment à l’étang de la Gruère, tantôt chez lui ou chez des parents pendant ses vacances ; il s’inspire parfois d’illustrations publiées dans des magazines et tire aussi
le portrait de personnes de son entourage. Avec une minutie étonnante, il tient une sorte de journal de ses peintures, relevant le moment ou il commence, les sources d’inspiration, les retouches éventuelles apportées au tableau. Il précise aussi chez qui se trouve le tableau et ajoute, dans certains cas, qu’il a brûlé lui-même son œuvre, sans fournir de plus amples commentaires [9]. Roger Châtelain fait partie des initiateurs de la Société des peintres et sculpteurs jurassiens qui se constitue à Delémont le 4 décembre 1954. Il en sera le secrétaire, mais démissionne en décembre 1959, désirant se « consacrer à d’autres tâches jurassiennes » [10].

En 1933, Roger Châtelain fait partie du groupe artistique de la Société littéraire de Tramelan [11], créée en vue d’organiser une exposition des beaux-arts. Le projet aboutit la même année, et Tramelan abrite une exposition des beaux-arts du 4 au 12 novembre. D’autres salons suivront en 1934, 1936 et en 1938 [12]. La société littéraire et artistique propose encore d’autres activités, auxquelles Roger Châtelain participe activement ; il interprète au violoncelle, avec Albert Béguelin au violon et Mme Mundler au piano, un Trio de Haydn en 1933 ; il donne une conférence sur l’héraldique le 21 novembre 1938 [13].

Roger Châtelain fait partie des fondateurs de La Revue transjurane en 1937. Ses notes révèlent l’enthousiasme qu’il partage avec les deux autres fondateurs, Roland Stahli et Laurent Boillat. Le branle est donné après une conférence [14] de l’Émulation, le 26 novembre 1937. Le trio se retrouve le lendemain déjà, chez Laurent Boillat. Roger Châtelain résume ainsi la soirée : « J’ai lu mes poèmes brefs ; Stähli a lu ses poèmes. Parlé création de la revue littéraire projetée » [15] Et les réunions vont se multiplier [16] jusqu’à l’expédition des 158 exemplaires du premier numéro, envoyé le 15 janvier 1938. Roger Châtelain publie des textes dans les cinq cahiers de la première série ; son nom apparaît en outre sur la couverture du numéro 3 comme administrateur de la revue. Le premier numéro de la deuxième série est daté du 1er juin 1939 [17] ; Roger Châtelain se trouve alors à Berne, et son nom n’apparaît plus dans la revue. En plus de l’édition, les animateurs de La Revue transjurane organisent le IVe Salon des beaux-arts en 1938, et son vernissage coïncida avec l’assemblée générale de la Société jurassienne d’Émulation le 1er octobre [18].

Roger Châtelain a adhéré à la Société jurassienne d’Émulation en 1936. Lors de l’assemblée annuelle de Tramelan en 1938, l’Émulation inaugure une plaque commémorative apposée sur la maison natale de Virgile Rossel, décédé en 1933. Durant la (( séance littéraire, scientifique et historique » de la réunion, Roger Châtelain présente une « étude très documentée » publiée dans les Actes sous le titre Les sceaux en pierre des anciennes maisons de Tramelan [19]. Emulateur assidu, il publie une douzaine d’études historiques dans les Actes de 1938 à 1989. Les rédacteurs des Actes, et d’autres revues, ne peuvent oublier les récriminations acerbes de l’auteur intransigeant, exigeant la publication de ses textes avec une méticulosité qui ne souffrait aucune retouche.
En 1939, il demande son admission à l’Ecole normale des instituteurs à Porrentruy, mais il n’est pas accepté à cause de son âge. La même année, il prend des leçons de latin, à Berne, ou il séjourne de mai 1939 jusqu’en avril 1942, ne passant que de brefs séjours à Tramelan.

 Spectacles

Tramelan comptait un assez grand nombre de sociétés dynamiques, qui rivalisaient dans la préparation de concerts, de soirées et de manifestations diverses qui animaient le bourg. Certaines manifestations prennent une envergure imposante. A l’occasion de la Fête des chanteurs jurassiens, à Tramelan le 13 juillet 1930, Roger Châtelain joue dans l’orchestre du Festspiel Les enfants de la libre Helvétie, d’Albert Mathias, ancien rédacteur du National suisse et ancien préfet de La Chaux De Fonds. Plus tard, on le retrouve avec l’Orchestre symphonique de Porrentruy, en avril et mai 1933, pour les Auditions des vieilles chansons jurassiennes ; le spectacle sera présenté aussi à Tramelan, le 9 juillet suivant. En juillet 1935, il signe le texte de la revue Tramelan-sens dessus dessous, jouée à l’occasion de la 11e Fête cantonale bernoise de gymnastique. Il récidive l’année suivante en adaptant une pièce de Willy Monnier, Madeleine, qui devient Jura, mon Jura, représentée lors du 5e Tir jurassien à Tramelan.

 Recherches historiques

Au printemps 1933, il s’éveille aux recherches historiques qu’il n’abandonnera plus. Dans les fiches de son « activité personnelle », Roger Châtelain note qu’il reçut des livres « de la Bibliothèque nationale pour la première fois » le 10 avril. Réservant une partie de ses vacances pour consulter des documents aux Archives de l’ancien Evêché de Bâle, il se rend chaque année à Berne, puis à Porrentruy, de 1945 à 1966, notant à chaque visite les liasses qu’il a consultées [20]. Ses relevés permettent de vérifier qu’il a abondamment dépouillé les dossiers relatifs à l’Erguel, aux Franches-Montagnes et les minutes de certains notaires tramelots. Dans le souci de prolonger ses investigations, il demande le dépôt temporaire de liasses d’archives dans les bureaux de l’administration communale de Tramelan ; il note aussi minutieusement toutes les liasses consultées. Décidément, les pratiques archivistiques ont fortement changé depuis quelques décennies ! [21]

Roger Châtelain s’affirme rapidement comme l’historien local, qui poursuit inlassablement des recherches sur tout ce qui touche Tramelan, l’Erguel, les Franches-Montagnes et l’ancien Évêché de Bâle. La bibliographie qu’il laisse d’une longue liste d’articles consacrés à sa commune d’origine révèle la diversité des domaines dont il s’est occupé au fil des ans. Et encore avait-il noté bien d’autres projets qu’il n’a pu réaliser.
Roger Châtelain participe activement au projet de fusion des communes municipales de Tramelan-Dessous et Tramelan-Dessus. Lors de la première séance organisée par la Société de développement, le 10 octobre 1947, il présente « un travail sur les relations entre les deux communes » [22]. Dans un communiqué diffusé dans Le Progrès, édité à Tramelan, au lendemain de la votation portant sur la fusion des deux communes, les autorités locales adressent des remerciements particuliers « à M. Roger Châtelain, archiviste, à qui fut confié le soin de sonder le passé et de rechercher ce qui n’a jamais cessé d’unir nos deux villages » [23].
Dans les recherches historiques qu’il entreprend, Roger Châtelain s’intéresse à des domaines bien précis. Il y a d’abord la généalogie. Il se met en quête de ses ancêtres, bien sûr, réunissant une abondante documentation sur les Châtelain de Tramelan, dispersés dans toutes les parties du monde, en France et aux États-Unis notamment. Il s’intéresse également à la famille de sa mère, née Guenin, et lui consacre un article «  [24]. Mais les dépouillements d’archives qu’il poursuit l’amènent à recueillir des renseignements au sujet de toutes les familles de Tramelan [25] et d’un grand nombre d’autres lignées encore.

Certaines familles illustres l’intéressent particulièrement. il réunit tout un dossier au sujet de la famille de Neuchâtel et de son monument, le cénotaphe de la collégiale. Il fouille aussi l’histoire des familles de Muriaux, de Gléresse, plus directement liées à l’ancien Evêché de Bâle, et révèle l’origine de Jean Ruedin des Bois.
Autre domaine, proche de la généalogie, l’héraldique occupe une place prépondérante dans les centres d’intérêt de Roger Châtelain. Il est admis à la Société suisse d’héraldique en 1944 ; il présente une communication consacrée à l’héraldique et la botanique lors de l’assemblée annuelle de cette société à Porrentruy en septembre 1946. A l’époque, Roger Châtelain se distingue par ses interventions, souvent incisives, au sujet de la révision des armoiries des districts jurassiens [26]. Comme pour la généalogie, il accumule des notes, multiplie des références et photographie des sceaux.

 L’histoire de la maison paysanne jurassienne

Dès ses premières recherches, Roger Châtelain manifeste un intérêt évident pour la maison paysanne jurassienne. Il en relève d’abord les éléments décoratifs, qu’il qualifie de « sceaux en pierre » [27]. En 1935 déjà, il réunit ses informations en un texte couvrant cinq cahiers d’écolier : Inscriptions et pièces d’architecture et d’ornementation des anciennes maisons de Tramelan ARCJ, [28]. De 1939 à 1978, il parcourt les environs de Tramelan, les Franches-Montagnes et le Clos du Doubs pour observer les fermes anciennes, en noter les éléments du décor ainsi que les dates et les initiales taillées dans la pierre, en photographier les façades ou les détails particuliers. C’est au cours de ces randonnées qu’il rencontre un jour Eugène Cattin, le facteur des Bois, qui a photographié, sous réserve d’inventaire, toutes les maisons de sa commune et des constructions de quelques autres lieux encore [29].

Les recherches de Roger Châtelain suscitent un intérêt auprès de Pro Jura qui annonce plusieurs projets de publications dans ses rapports annuels dès 1940. [30] Malgré cette publicité précipitée, Roger Châtelain poursuit sa prospection dans le terrain, accumule des photographies et continue de dessiner les détails significatifs. En 1944, il élabore un projet, La Maison paysanne jurassienne, son architecture et ses ornements [31]. Les dossiers laissés par Roger Châtelain pour la ferme jurassienne renferment ainsi des photographies, soigneusement numérotées : vues d’ensemble des immeubles ou photographies de détails.
Heureusement, les dates de visite sont méticuleusement notées dans un inventaire permettant de localiser les objets recensés. L’observation directe des monuments est parfois complétée par des notes de lecture, des informations recueillies auprès des habitants rencontrés, des précisions trouvées au gré d’investigations menées dans les fonds d’archives. L’ensemble constitue une sorte de liste témoin de l’état de conservation d’un patrimoine propre au Jura, dont il faut bien admettre qu’il aura subi des changements par la suite en raison des incendies, des démolitions, des transformations, pas toujours heureuses, et de l’usure du temps.

 Une éphémère Société d’histoire et d’archéologie

Les recherches entreprises par Roger Châtelain l’amènent à prôner la sauvegarde des monuments et des fermes jurassiennes. Il se répand en plusieurs articles pour dénoncer la disparition de la borne des trois Evêchés plantée à Biaufond. En 1958, il s’indigne de la disparition et de l’altération du patrimoine jurassien ; il fustige le gouvernement cantonal « qui néglige le passé jurassien » et la Société jurassienne d’Émulation qui « se borne à constater les dégâts sans même protester... » Il conclut son article par une proposition concrète :« En présence du massacre de vieilles pierres, nous pensons qu’une société d’histoire et d’archéologie doit voir le jour chez nous. » [32]. Ce projet fera long feu. L’assemblée constitutive, convoquée conjointement par Roger Châtelain, André Chèvre, Edouard Freudiger, Jean-Philippe Gobat et André Rais, se déroule à Moutier, le 23 janvier 1960 et réunit 26 personnes. Le 12 mars suivant, le comité, désigné en janvier, se constitue et nomme André Rais à la présidence, Victor Erard en qualité de vice-président. La nouvelle société tient sa première assemblée générale à Delémont le 14 mai 1960 et dresse un catalogue de ses projets [33] : continuation de la bibliographie d’Amweg, création d’un « dictionnaire historique, qui comprendrait tous les faits de l’histoire du Jura depuis ses origines, des notices sur chaque église, sur les grottes et les blocs pratiques, sur les fêtes, la chasse, les enseignes d’auberges, les abornements principaux, les costumes, les voies de communication, etc. » ; il y a aussi l’inventaire des cloches du Jura, la continuation de l’œuvre de Trouillat, la révision et continuation de la table des Actes de la Société jurassienne d’Émulation, la nomenclature des lieux-dits jurassiens. La même année encore, le 8 octobre, la nouvelle société se réunit pour la visite du château de Soyhières. Le vaste programme annoncé contraste avec les critiques formulées à l’adresse de l’Émulation pour « lui reprocher de trop embrasser et, par conséquent, de mal étreindre » [34]. En fait, l’essai de créer une nouvelle société « constitue incontestablement pour l’Emulation une nouvelle épreuve de force » au moment ou elle entame « un processus de régénération, que beaucoup souhaitent ». La suite des événements confortera l’Émulation dans sa position prééminente. L’activité de la nouvelle société se trouve paralysée dans les faits. Le 25 novembre 1961, les président et vice-président [35] de la Société d’histoire et d’archéologie entrent tous deux au comité directeur de l’Emulation lors de l’assemblée générale tenue à Moutier [36] pour adopter de nouveaux statuts. L’Émulation avait d’ailleurs déjà pris les devants. Dans le compte rendu de l’assemblée constitutive de la Société d’histoire et d’archéologie, Maryse Cavaleri relève que l’Émulation « s’est déjà approchée officieusement du nouvel organisme, pour trouver un « modus vivendi » [37] ; dans sa séance du 8 février 1960, le bureau de l’Emulation prend note que « M. Rais, chargé d’élaborer les statuts de la nouvelle société, a promis à M. Rebetez de prendre contact avec lui de façon à donner satisfaction à l’Émulation » [38].
On le voit, l’ensemble de la documentation réunie et conservée par Roger Châtelain relève de domaines divers. Elle touche à ses intérêts pour la généalogie, l’héraldique et les maisons de la campagne jurassienne. Le fonds contient aussi bon nombre de documents relatifs à des sociétés et des manifestations culturelles de Tramelan et d’ailleurs, auxquelles il s’est intéressé ou a participé. Il a sauvegardé en outre des documents provenant du pasteur Ami Guerne, à lui remis par le Dr Minder en 1948, du pasteur Charles Simon, retraité à Vevey, et d’autres personnes encore, en particulier de photographes comme Eugène Cattin, Ernest Spitznagel ou. Franz Kuhn. Notons enfin les apports fournis par plusieurs collectionneurs de cartes postales. Tout au long de sa vie, Roger Châtelain a veillé à sauvegarder ce qu’il avait patiemment réuni au cours de ses recherches.
Toutefois, il a remis, de son vivant, des documents et des objets touchant des domaines précis à diverses institutions spécialisées. Mais le souci d’éviter la dispersion de ses collections le préoccupe. Il en vient même à formuler un projet, resté à l’ état de manuscrit dans ses papiers : créer une « Bibliothèque des manuscrits », pour recueillir les textes et notes des auteurs, les conserver en vue d’un futur « Dictionnaire historique du Jura » [39]. Par le legs de ses archives personnelles à l’Office du patrimoine historique, Roger Châtelain concrétise son ambition de faciliter la poursuite des investigations dans les domaines qui l’ont passionné. Dans cette perspective, le Fonds Roger Châtelain contient des matériaux uniques pour les chercheurs en histoire jurassienne.

 Notes


[1Gustave Amweg : Les arts dans le Jura bernois et à Bienne : T. 1, Porrentruy 1937, p. 258

[2Id pp. 119-122

[3Anthologie jurassienne : T. 2, Porrentruy 1965, p. 194. Un texte de Roger Châtelain, évoquant les saints du Jura, Triptyque de blanche lumière. est reproduit aux pages 196-200 du même ouvrage

[4Roland Stähli : Histoire de Tramelan : T. 1 : Le village qu’ils aimaient, Tramelan 1978, p. 194. Le même ouvrage reproduit deux textes de Roger Châtelain, Tramelan à travers les siècles, p. 8-20, et Poèmes de la forêt, p. 183

[5Tramelan-Dessus et Tramelan-Dessous ont formé deux communes distinctes jusqu’a leur fusion en 1950. Envisagée au lendemain de la première guerre mondiale, la proposition de fusionner les deux communes, que les nouvelles constructions avaient réunies de fait en une seule agglomération, fut soumise au corps électoral le 26 mars 1950. Vu le résultat positif du scrutin, le Grand Conseil du Canton de Berne adopta, le 20 juin 1950, un décret portant réunion des deux communes à partir du 1er janvier 1952. Philippe Monnier : « La fusion des communes municipales de Tramelan-Dessous et Tramelan-Dessus », in : Les Intérêts du Jura, 1951, pp. 17-32

[6Archives cantonales jurassiennes (ARCJ), Fonds Roger Châtelain 111 J 1

[7Au sujet du programme culturel de Tramelan dans l’entre-deux guerres, voir Roland Stähli : Histoire de Tramelan : T. 2 : Tramelan. village de l’Erguel. Tramelan 1984, pp. 352- 395, et Claude Hauser : Aux origines intellectuelles de la Question jurassienne, Courrendlin 1997, pp.135-188

[8Le Jura libre, 24 octobre 1956

[9Il présente ses peintures à l’ « Exposition de peinture, sculpture, photographie artistique et travaux féminins ayant un caractère artistique », à Tramelan en 1933 ; il expose encore au IV" Salon jurassien des beaux-arts, à Tramelan encore, en 1938 ; plus tard, il expose avec le groupe de peintres et sculpteurs de Tramelan, en 1953, et aux expositions de l’Institut jurassien à Delémont, en 1953, lors d’une exposition philatélique et artistique présentée a Tramelan en 1956, à celles de la Société des peintres et sculpteurs jurassiens, à Moutier, en 1955 et en 1957

[10ARCJ, Fonds Roger Châtelain, 111 J 20

[11Roland Stähli : Histoire de Tramelan : T. 2 : Tramelan. village de l’Erguel. Tramelan 1984, p. 372. La société littéraire avait été fondée le 7 mars 1932

[12Id., pp. 386-389

[13ARCJ, Fonds Roger Châtelain 111 J 4

[14Conférence d’Arnold Rossel, président de la section de l’Emulation, présentant les œuvres posthumes de Virgile Rossel, Le Peuple Roi et Au cœur de la Vie

[15ARCJ, Fonds Roger Châtelain, 111 J l, Fiche « Revue transjurane »..

[16Roger Châtelain énumère précisément les quatorze réunions et démarches entreprises pour contacter Albert Béguelin, Lucien Marsaux et Charles Choffat, entre le 26 novembre 1937 et le 15 janvier 1938

[17L’organisation interne de la revue doit avoir suscité des divergences au sein de l’équipe. Les numéros de la deuxième série n’indiquent plus le nom de Roland Stähli comme directeur. Dans ses notes, Roger Châtelain relève une assemblée du 1er avril 1939 « pour enlever a R. Stähli sa rédaction et direction de la revue ». Les notes de Roger Châtelain sont d’autant plus précieuses que les archives de La Revue transjurane ont été détruites dans l’incendie de la maison d’Arthur Vuilleumier, le 22 avril 1951 (Le Progrès. 26 avril 1951)

[18l’étude est publiée dans le même volume, pp.77-90

[19ARCJ, Fonds Roger Châtelain, 111 J 6 et 251

[20ARCJ, Fonds Roger Châtelain, 111 J 6 et 251

[21Dans une lettre du 7 novembre 1947, l’archiviste de l’Etat de Berne indique a Roger Châtelain que le règlement interdit le prêt de documents au domicile de particuliers, « mais nous pourrions en envoyer au Bureau municipal de Tramelan-Dessus pour que vous les y consultiez, a condition qu’ils soient conservés en lieu sûr. » ARCJ, III J 6. Effectivement, cette pratique a permis à l’historien tramelot de continuer ses recherches de 1947 a 1965

[22Philippe Monnier : « La fusion des communes municipales de Tramelan-dessous et Tramelan-dessus », in : Les Intérêts du Jura, 1951, p. 17

[23Le Progrès, 1er avril 1950

[24Une famille de maçons : les Guenin de Tramelan-Dessous », in :L ’Hôta. No 12, 1988, pp. 59-61

[25Il publie une étude consacrée aux « Familles de Tramelan émigrées en Amérique. (L’émigration de 1754. La famille Monin. L’émigration de 1821. Le général Châtelain) », in : ASJE, 1956, p. 49-62

[26Il publie plusieurs articles à ce sujet : « Guivre, griffon, dragon, basilic et sanglier. Etude d’héraldique ajoulote », in : ASJE, 1943, pp. 285-295 ; « A propos des armoiries du district de Courtelary », in : Le Journal du Jura du 1er novembre 1944 ; « A propos des armoiries du district des Franches-Montagnes », in : Le Franc Montagnard. 11 novembre 1944 ; « Un faux héraldique : les armoiries de l’Ajoie », in : ASJE, 1982, pp. 9-27

[27« Les sceaux en pierre des anciennes maisons de Tramelan », in :ASJE, 1939, pp. 77-90.

[28Fonds Roger Châtelain, 111 J 244

[29Après le décès d’Eugène Cattin, survenu en 1947, Roger Châtelain achète l’ensemble de la collection de clichés sur verre qu’il avait accumulée. Cette collection est conservée aux Archives cantonales, et son inventaire est en cours d’élaboration

[30Le rapport de 1946 annonce, p. 17 : « Nous consacrerons un ouvrage spécial à la maison des Franches-Montagnes. M. Roger Châtelain, de Tramelan, a déjà recueilli une magnifique documentation photographique à ce sujet. »

[31ARCJ, 111 J 250

[32« Pierres sculptées... et pierres brisées ! », in : Le Jura libre, 8 octobre 1958

[33Le Démocrate et Le Pays, 16 mai 1960

[34Maryse Cavaleri : « Une nouvelle société s’occupera d’histoire et d’archéologie dans le Jura », in : Le Démocrate, 25 janvier 1960

[35Victor Erard était entré au comité central de l’Émulation en 1953 (ASJE. 1953, p. 11), mais il démissionne en même temps que Jean Gressot et François Schaller en 1957 (ASJE. 1957, p. 8).

[36ASJE. 1961. p. 243

[37Le Démocrate, 25 janvier 1960

[38ARCJ, Archives de la Société jurassienne d’Émulation, 20, 8 février 1960.

[39ARCJ, Fonds Roger Châtelain, III J 3


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